Texte de Vivian Véteau

  Surtout depuis qu’il vit à Saint Riquier, Marcel Dhoye s’est (re)mis à peindre des tableaux néo-impressionnistes, plutôt des petits format, inspirés par son environnement, la baie de Somme, le Crotoy, Saint-Valéry-sur-Somme. Ces petits tableaux sont réalisées dans une veine impressionniste pointilliste de très belle facture, des petits chefs-d’œuvre de peinture ‘classique’, incomparables et parfaitement originaux. 

  On pourrait croire ces œuvres peintes ‘en dilettante’, comme on se promène, pour faire des jolis ‘tablos’, avec la grâce et l’élégance des précurseurs, mais en y ajoutant la touche, la patte, de Dhoye, son humour et son sens de la dérision.  

 

  Sans faire le maître d’école, il est bon toutefois de rappeler quelques notions de base pour resituer dans l’histoire ce que fut le mouvement Impressionniste, mouvement moderne dont le nom est tiré de l’article d’un critique d’art de la fin du XIXe siècle, Louis Leroy, paru dans le journal quotidien le Charivari en date du 25 avril 1874, et intitulé : « L’exposition des impressionnistes ». 

  Ce monsieur Leroy y raconte sa visite à l’atelier parisien du photographe Nadar, où une « Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs, graveurs » présente pendant un mois plus de cent cinquante œuvres. Le critique s’attarde particulièrement sur un tableau de Claude Monet intitulé ‘Impression, soleil levant’, se disant, un peu moqueur, qu’étant ‘impressionné’, c’est qu’il devait bien y avoir de l’impression là-dedans ».

  Cette appellation d’« impressionnistes », Monet et ses amis de la Société anonyme vont non seulement l’accepter, mais la reprendre à l’occasion de nouvelles manifestations organisées par eux, huit expositions en tout, qui vont se succéder à Paris, de 1874 à 1886 : chacune présente une approche nouvelle de la couleur et de la lumière, à travers une sensibilité de l’instant ; chacune est une étape vers la naissance de l’art moderne.

 

  C’était à la fin du XIXe siècle ; bien de l’encre, des pigments et des polémiques plus tard, il est incontestable aujourd’hui que ce style de peinture a fait ses preuves, a plu à un grand nombre, et a trouvé sa place dans des musées réputés du monde entier. Mais Dhoye travaille au XXIème.

 

  Le terme ‘néo-impressionniste’ fut inventé par un autre critique d’art, le français Félix Fénéon, en 1886, pour décrire le mouvement artistique fondé par Georges Seurat, et dont Signac, Cross, Angrand et Camille Pissarro furent, en France, les principaux représentants et propagateurs. 

  Le rapport alors entre les œuvres de Signac, Seurat ou Monet avec les tableaux modernes de Dhoye est donc historique dans la filiation, et pictural dans la technique et la réalisation. Mais c’est tout ; pour le reste ce travail est parfaitement original et rénovateur.

  Le néo-impressionnisme de Dhoye est donc une émanation des grands mouvements de la fin du XIXe siècle sans en être une copie, la reproduction ou la prolongation : c’est un travail authentique, original, qui se fonde sur quelques notions primordiales : une fête de la lumière et un festival de couleurs et de vibrations colorées ; la joie profonde ressentie par la contemplation de la nature, et le bonheur de peindre.

  Car Dhoye est aussi fils d’Eugène-Louis Boudin, peintre français qui fut l’un des premiers à saisir les paysages à l’extérieur d’un atelier – il est aussi considéré comme l’un des précurseurs de l’impressionnisme.

  Loin du cliché d’un Corot avec son chapeau, peignant pipe au bec sur son chevalet installé dans la campagne, Dhoye, qui a une mémoire visuelle prodigieuse et une sensibilité hors du commun, absorbe la nature qui l’environne, ‘retient’ les impressions qu’il ressent lors de ses promenades en baie de Somme et en fait une restitution émotionnelle après-coup dans son atelier, mais exactement comme s’il avait saisi l’image directement sur le motif ; cet artiste est un ‘appareil à voir’ et une fabuleuse machine à restituer les images saisies, ‘glanées’ dans la nature.

 

  Dhoye sait magnifiquement jouer du contraste simultané des couleurs – deux points voisins de couleur différente se mélangeant au niveau de la perception rétinienne – ; il réalise parfaitement le mélange optique, par une sorte d’opération alchimique de l’œil, c’est-à-dire par la création de tons et de vibrations, par la juxtaposition de touches divisées ou de points de couleurs pures (d’où le nom de « pointillisme » donné à cette technique) : son œil agile, exercé, subtil, donne au notre l’impression d’une magie picturale, relevée de la science et du savoir traditionnels.

  Il joue sur la physiologie de la vision, et s’amuse des problèmes de la lumière et de la couleur, qui étaient des préoccupations chères aux impressionnistes, avec un éclat sans précédent, d’instinct et d’expérience.

  Car il a vu tout ce qui pouvait se faire en matière de peinture impressionniste : Cézanne, Monet, Renoir, Sisley n’ont aucun secret pour lui ; la préférence marquée pour la touche au détriment du dessin ; un univers évanescent, laissant l’initiative à l’instinct, tout cela lui est familier, il l’a intégré.  

  Mais ce qu’il en fait aujourd’hui semble nouveau, issu d’une créativité neuve, doté d’un regard absolu qui ne se trompe pas de motif : comme ces barques fuchsia sur le bord de la rive, surplombées par des maisons mauves, où l’environnement marin légèrement teinté de soleil se mêle à l’infini d’un ciel d’émeraude bleui de lumière.

 

  Ce que l’on ressent dans ces tableaux comme ‘saisis sur le vif’, c’est un immense bonheur de peindre, de jouer, comme un enfant, des couleurs du ciel et de la mer, de contempler avec amour les rivages de la vie, de se repaître de lumière et de couleurs. 

 

  Le spectacle de la nature qu’offrent les paysages de la baie de Somme, permet à Dhoye de réaliser des petits tableaux d’une grande richesse harmonique, jouant de tous les tons de la gamme chromatique, où se trouvent insérés de minuscules personnages juste suggérés, pour célébrer la joie de la nature et communier, par réduction minimale, avec le grand océan des choses et du monde. 

  Comme un poète de la peinture, le centulois cherche la rime des éléments, la versification que lui propose la nature, les vibrations alchimiques d’un ciel de fin de journée baigné de brumes bleutées, mêlées aux reflets argentés du monde marin. 

 

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